Veillée avant la brit-milah. Coutumes

Veillée de Leil Bilada

(également appelée Brit Yits’hak ou Wakht Nokht)

 

 

Noms de cette veillée

Cette veillée, nuit de garde afin de protéger l’enfant, est appelée leil bilada par certains Sépharades (de l’espagnol « veillée »), Brit Yits’hak ou Wakht Nokht par certains Achkénazes [1]

Elle est explicitement nommée « nuit de protection » par des maîtres ‘hassidiques.  Elle est connue sous divers noms :

  • Léïl Chimourim Zohar (Sépharades) ;
  • Berit Yits’hak [alliance d’Isaac] [2]
  • Bilada (chez les Juifs originaires de Tunisie ou de l’Est algérien). Le terme bilada provient probablement du mot vilada qui signifie veillée en espagnol [3].
  • Wache Nacht ou Léïl Wacht-Nacht ( ליל ה״וואכט-נאכט).
  • Chez les ‘Hassidé ‘Habad, est employée l’expression “nuit de protection” pour cette veille de circoncision [4].

 

Origine

Cette coutume est rattachée aux enseignements du Zohar hakadoch [5] : « Ceci est une invitation à accomplir une Mitsva, à recevoir la Chékhina… A la nuit tombée, le maître de maison invita tous ses amis, et ils étudièrent ensemble la Torah jusqu’au matin. Personne ne dormit de toute la nuit. Le maître de maison, s’adressant à ses invités, leur dit : Je voudrais que chacun de vous prononce un mot nouveau sur la Torah (milah ‘hadta béorayta) » [6]. Par le mérite de l’étude de la Torah faite pendant cette veillée, le nourrisson reçoit une grande protection. Or, cette protection est nécessaire car le Satan tente de nuire au nouveau-né pour empêcher la mila. Lauteur de Maté Moché (7, 4) donne cette raison, en expliquant que « le mérite de cette mitsva est tel qu’il protège le Juif du guéhinam. » [7]

 

Lectures

Cette étude se fait à proximité de l’enfant. On peut placer ce dernier dans son berceau et amener ce berceau dans la pièce où se fait l’étude collective. 

La veille de la mila, un minyan (dix hommes respectant chabbat) se réunit pour une soirée d’étude [8] : la « coutume veut que l’on reste éveillé et que l’on garde l’enfant, durant la nuit qui précède la circoncision. »[9]

 

Plusieurs textes sont lus en principe lors de la veillée d’une brit-milah [10].

Le choix des lectures est assez varié selon les coutumes [11] , l’essentiel étant l’étude (qui peut même prendre la forme d’un commentaire de la Torah) [12]. Certains lisent le Zohar hakadoch sur la paracha Lekh lékha qui traite de la circoncision, textes qui sont réunis dans des livrets destinés à ces moments [ 13 ]. Telle est la pratique majoritaire aujourd’hui. 

Certains lisent cependant les textes retenus par le rav ‘Hida (Hod Berit) [14] qui comprennent, outre les passages cités du Zohar, l’étude de la Michna (traité Bérakhot en entier, 19ème chapitre du traité Chabbat, 3ème chapitre du traité Nédarim), l’étude de de la Guémara (T.B. Nédarim 31b) et du Midrach (Béréchit Rabba § 46, Wayikra Rabba § 14)[15].

D’autres utilisent une sélection de textes de la Torah, du Choul’han ‘Aroukh, du Talmud et du Midrach [16].

En Tunisie, le père du nouveau-né invitait à son domicile un groupe de rabbins ou érudits qui étudiaient pendant toute la nuit un traité du Talmud (avec Rachi et les Tossafot) [17]. Cette coutume était suivie au 20ème siècle (Afrique du Nord, France) et elle se perpétue encore de nos jours dans certaines familles.

R’ Avraham Cohen-Yiç’haki, lors de chaque veillée de bilada, réunissait ses élèves pour étudier les textes ne figurant pas au programme habituel des yéchivot (tels la Michna Zéra’im ; la Michna Taharot ; les sept petits traités, Torat Cohanim, Sifri, Mékhilta, etc. « Les ‘hidouchim lancés lors de ces veillées d’étude particulières   étaient   si   brillants   qu’ils   constituèrent le Troisième volume de son œuvre célèbre Michmérot Kéhouna » [18].

 

Séouda

Lors de cette soirée, certains servent une séouda aux invités venus participer à la lecture.

Les assistants entonnent des piyoutim (traditionnels poèmes chantés) en l’honneur d’Eliyahou Hanavi.  

 

 

 

Ce texte est tiré d’un livre en cours de préparation

(c)  R’ Eliyahou Bakis et Hillel Bakis – 2019

 

 

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NOTES 

 

[1] « On a coutume d’organiser un repas pendant la nuit qui est appelée Wa’h Na’ht » – Voir Chneï Lou’hot Ha Berit, sur les lois de la circoncision, (chap. 11, paragraphe 918) cit. http://www.hassidout.org/sj/component/content/article/165-judaisme/2496-les-coutumes-de-la-circoncision ; (Likouteï Maharya’h, tome 3,  page 122b).

[2]  R’ Krohn  & R’ Scherman  (2003), p. 170; R’ Simmons.

[3]  R’ D. Settbon (2006), ‘Alé hadas, p. 438.  

[4] Sur ces veillées dans la famille du Rabbi de Loubavitch, voir : Séfer Ha Si’hot 5703, p. 155 ; Hano’h Le Naar, p. 6 (où est employée l’expression : “nuit de protection”); et le discours ‘hassidique “Heureux celui que Tu as choisi” (prononcé par le Rabbi R’ M.M. Schneerson en 1991), in Séfer Ha Maamarim Meloukat, tome 5, p. 233. Voir : R’ M.M. Schneerson (2001), Attendre et avoir un enfant…, p. 15, n. 1.

[5] Paracha Béréchit, 93b (voir : début du Migdal Oz, du Ya’abets ; Encyclopédie talmudique, T. 4, article Circoncision). Cit. Schneerson, R’ M.M. (2001), Attendre et avoir un enfant…,  p. 16, n. 2.

[6]  Zohar Lekh lékha 93 a. Le texte vocalisé est repris par R’ A. Atlan (1995), et muni d’une traduction notamment inspirée par Mopsik (Verdier), p. 115-185.

[7]  Cité par R’ D. Settbon (2006), ‘Alé hadas, p. 438.

[8] « C’est la coutume d’inviter chez soi le soir qui précède la Brit Mila, le Mohel, le Sandak ainsi que des parents et des amis, pour une session d’étude de textes du Zohar… » écrit par exemple le Mohel Aharon Altabé, http://aharon.perso.sfr.fr/issourmagen2.htm (consult. févr. 2010). De nos jours, bien souvent le Mohel n’assiste pas à cette soirée de caractère plutôt familial.

[9] Likouteï Maharya’h, tome 3, p. 122b – cit. http://www.hassidout.org/sj/component/content/article/165-judaisme/2496-les-coutumes-de-la-circoncision.

[10]  Cette coutume est mentionnée par le Zohar (Lekh Lékha 93a) et par des Richonim (Ma’hzor Vitry ; R’ Aharon HaCohen de Lunel dans Or’hot ‘Haïm) – cit. R’ David Settbon (2006), ‘Alé hadas, p. 439.

[11] Le Siddour du Ya’abets (au début des lois de la circoncision), précise ce qui doit être étudié pendant cette nuit. Cit. Schneerson, R’ M.M. (2001), Attendre et avoir un enfant…,  p. 16, n. 2.

[12]  Cité par R’ Krohn & R’ Scherman (2003), La circoncision, Paris. p. 170.

[13] Bérit Avraham Hacohen Halakhot ouminhagué bérit mila (vers 5754). Sur Internet : Hebrewbooks_org_15201 (638 pages) voir les pages 502-611 guimel-kouf youd aleph

[14] Le Mohel Aharon Altabé parle d’une session d’étude de textes du Zohar « telle qu’elle fut instituée par le grand maître Rav ‘Hida », http://aharon.perso.sfr.fr/issourmagen2.htm (consult. févr. 2010).

[15]  R’ David Settbon (2006), ‘Alé hadas, p. 439-440.

[16]  Séder selon R’ Krohn & R’ Scherman (2003), La circoncision, Paris. p. 74.

[17]  Témoignage du R’ Yossef Cohen-Tanoudji, cité par R’ D. Settbon (2006), ‘Alé hadas, p. 440.

[18]  R’ D. Settbon (2006), ‘Alé hadas, p. 440.